On parle beaucoup d’adaptation du logement.
De douches à l’italienne.
De barres d’appui.
D’ateliers de prévention.
Et c’est bien.
C’est même indispensable.
Mais parfois, ce qui est indispensable… n’est pas suffisant.
Parce qu’il y a un mot, un sujet, une réalité…
Qui n’apparaît presque jamais dans les rapports officiels.
Et pourtant, c’est celle qui revient dans les regards, dans les silences, dans les gestes hésitants.
Ce mot, c’est : l’insécurité.
Les bailleurs sociaux logent de très nombreux seniors.
Souvent, plus d’un tiers de leurs résidents ont plus de 60 ans.
Ils sont mobilisés.
Ils installent, organisent, aménagent.
Mais parfois, sans le vouloir…
Ils oublient d’écouter ce qui ne se dit pas dans les questionnaires.
Ce qui s’exprime en creux, dans les soupirs, dans les nuits blanches.
Ce qui empêche de dormir.
Il y a quelques années, j’ai vécu cette réalité.
Pas en l’observant de loin.
En la partageant, au quotidien.
J’ai habité plusieurs mois dans un logement social, à Nantes.
Chez un ami.
chez le bailleur Atlantique Habitation.
Je voulais comprendre. Ressentir. Observer.
Et ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti…
je ne l’ai jamais oublié.
Les premières demandes des personnes âgées, ce n’étaient pas des douches.
Ni des ateliers nutrition.
C’était… la sécurité.
Un couple m’a raconté :
Leur porte défoncée un soir de fête.
Des intrus.
La peur.
Et l’attente interminable pour une simple réparation.
Une voisine ne sortait plus.
Elle restait dans le hall, à attendre son fils.
Pour ne pas affronter l’extérieur.
Pour ne pas risquer.
Des caves fracturées.
Des chiens dangereux.
Des agressions tues.
Des regards fuyants.
Et surtout…
Un sentiment : celui d’être abandonné.
Quand j’ai alerté le bailleur sur le chien dangereux, la réponse m’a déstabilisé :
« C’est un problème entre locataires. »
Non.
C’est un problème de sécurité.
De dignité.
De vivre ensemble.
Et dans les rapports officiels ?
Silence.
On parle d’autonomie.
D’accessibilité.
De lien social.
Mais pas… de sécurité.
Et pourtant, sans sécurité…
Il n’y a pas de bien vieillir.
Il n’y a pas de prévention possible.
Il n’y a pas de paix intérieure.
On ne va pas à un atelier bien-être quand on n’ose pas sortir.
On ne prévient pas la perte d’autonomie quand on vit en tension.
On ne vieillit pas bien… dans la peur.
Et si vous travaillez sur un rapport, un projet, une stratégie…
Peut-être que maintenant,
vous pouvez imaginer un chapitre différent.
Un chapitre qui commence par une question simple, humaine, essentielle :
« Vous sentez-vous en sécurité chez vous ? »
Parce que c’est souvent là que tout commence.
Et c’est souvent là qu’on oublie de regarder.
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